Notre histoire



Tout a commencé par une overdose.
Trop d’écrans, trop de connexions, trop de bavardages.
Alors il a fallu faire l’inverse : quitter le monde de l'entreprise, lâcher du lest , et faire quelque chose de parfaitement inutile, donc indispensable. Puis il y a eu un livre, L’Art de voir d’Aldous Huxley.
Faire travailler les yeux : la mémoire visuelle, la reconnaissance des nuances, l’attention aux variations de couleur.
Le puzzle est devenu un exercice pour le regard, et un moment de relaxation.

Et puis à force de puzzler, encore et encore,
de venir à bout de puzzles de qualité médiocre, sans véritable personnalité,
une question s'est imposée à moi :

A quoi ressemble le puzzle que j’aimerais vraiment faire pour que l’expérience soit complète ?

Une expérience personnelle, un temps que l'on a décidé de prendre.
Puis quand tout est fini, le puzzle ne reste pas figé.
Il est défait, pièce après pièce.
Déconstruit, et rangé dans sa boîte.

Le coffret est beau.
On le garde près de soi, dans une bibliothèque.
Non pas pour montrer l’image finale,
mais pour se souvenir de l’émotion ressentie à l’instant où tout s’est assemblé.

Et le puzzle attend. Patient.
pour une seconde expérience, ou pour quelqu’un d’autre.

Restait une question : quoi mettre dedans ?

Je ne suis pas historien de l'art. Je suis quelqu'un qui a ouvert beaucoup de livres.

Au début, une évidence s'imposait : les tableaux les plus puissants visuellement étaient
presque toujours signés par des hommes. Pas un jugement. Un constat.

Alors j'ai cherché ailleurs.

Et puis Hilma af Klint. Dans un livre sur les femmes peintres. Ces cercles, ces formes, ces couleurs , cette maitrise de l'espace, cette abstraction avant l'heure. Une puissance puzzlesque rare.

Puis Suzanne Valadon, en tête de gondole à la Fnac, après une expo.

Georgia O'Keeffe, entrevue et perdue, les droits refusés.

Frida Kahlo, que je n'aimais pas au départ. Trop vue, trop récupérée. Et puis ses autoportraits ont insisté. Ce regard étrange, direct, qui semblait avoir quelque chose à dire. Et puis son œuvre venait d'entrer dans le domaine public.

Toyen ensuite. Ces yeux qui surgissent de nulle part, entre des dégradés de bleu et de vert, des lignes verticales qui évoquent la roche. Troublant. Et l'un des plus accessibles de la collection, grâce à ses lignes nettes.

Olga Rozanova enfin. Représentante de l'avant-garde russe, j'aime tous ses tableaux. Le choix a été difficile.

Certaines rencontres se sont concrétisées. D'autres pas.

Sur la table

Une boîte, des morceaux de carton. On renverse la boîte devant soi et les pièces prennent leur place dans l'espace et s'immobilisent.

De la matière brute, découpée avec soin, imprimée de couleurs, avec respect, ici en France, sur du carton recyclé, avec des encres propres et une fabrication responsable.

On peut alors se concentrer sur le geste.
Un geste pur.

A vous de jouer

Chaque puzzle est une expérience vivante: la matière, les couleurs, le geste répété.

On observe, on avance, on se trompe,
on recommence.

C’est une pratique lente, apaisée,
presque méditative.

Parfois, une musique en fond.
Pour accompagner, pour encourager.

Et puis, peu à peu, des formes apparaissent,
elles interpellent.

Notre cerveau les reconnaît et leur donne un sens.
Un sens dont l’origine nous est inconnue.

Mais c’est là, devant nous.
C’est notre création.
Et on ressent de la fierté.

Le reste ne se raconte pas.

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